Qu'est-ce que défense sicilienne ?

La défense sicilienne est une des ouvertures les plus jouées du jeu d'échecs. Populaire auprès des joueurs de tous niveaux, elle s'obtient après les coups 1. e4 c5.

Historique

Elle remonte à l'ouvrage de Giulio Cesare Polerio vers 1590 et reçut apparemment son nom du joueur italien du siècle, Gioachino Greco qui l'étudiait déjà au . Cependant, elle ne figurait pas, à la différence de la partie espagnole et de la partie italienne, dans le Manuscrit de Göttingen, ni dans le Traité de Lucena, deux ouvrages qui rassemblaient l'essentiel du savoir échiquéen à la fin du 1. De ce point de vue, la défense sicilienne peut être considérée comme un raffinement de la théorie échiquéenne naissante à cette période.

Aux origines de la défense sicilienne, le coup 2... Cc62 (code ECO B30-B39), qui mène à la variante classique après 5...d6 (codes ECO B56 à B69) était jugé le plus naturel. Les Noirs développaient rapidement leur aile Dame, en prélude à une action éventuelle sur la colonne c par la Tour a8. L'aile Roi était développée plus tardivement.

L'autre coup naturel 2...e63 (code ECO B40-B49) pouvait transposer avec 2...Cc6 après la continuation populaire 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 Cc6 (Sicilienne des quatre cavaliers), mais pouvait aussi mener à des variantes indépendantes telles que la sicilienne Kan (codes ECO B40-B43).

Le coup, apparu tardivement, 2...d6 (codes ECO B50 à B99) a supplanté en popularité le coup de Cavalier des origines ; la variante du dragon date des années 1900 et la variante Najdorf des années 1940. Avant les années 1970, il était rare qu'un joueur de 1. e4 évite 2. Cf3 et 3. d4, ce qui fait qu'il était possible de bâtir un répertoire entier autour de la variante Najdorf, à l'instar de Bobby Fischer4.

Description

Elle appartient aux débuts semi-ouverts et est très utilisée face au coup blanc 1. e45.

L'idée principale de la défense sicilienne est d'opposer à l'avantage d'espace des blancs au centre et à l'aile roi un contre-jeu actif à l'aile dame6, retardant souvent le petit roque7. Depuis plusieurs décennies, elle est très populaire, car elle offre aux noirs de réelles chances de gain sans devoir se contenter de l'égalisation8, tandis que d'autres ouvertures, comme la défense russe, limitent certes les chances des blancs mais offrent moins de perspectives de victoire aux noirs également. La sicilienne conduit à un jeu très dynamique et offre des possibilités de victoire aux deux camps, ce qui plaît généralement aux joueurs de club9.

Cette ouverture, l'une des plus étudiées sur le plan théorique, contient de très nombreuses variantes.

Elle s'impose dans tout répertoire d'ouvertures d'un joueur avancé. Selon le GMI Svechnikov, « aucun joueur ne peut devenir champion du monde s'il n'inscrit pas dans son répertoire la défense sicilienne10. » Cependant, dans son livre Maîtriser les ouvertures volume 411, John Watson avance que cette ouverture n'est pas adaptée pour les joueurs de moins de 1700 Elo car cela impliquerait presque toujours de jouer avec moins d'espace et de développement, et dans certains cas avec des structures de pions bizarres et relativement peu instructives.

Variantes

Cette ouverture menant à un très vaste ensemble de positions aux possibilités différentes, elle occupe beaucoup de place dans le code ECO. En effet, elle regroupe tous les codes de [B20] à [B99].

On classe les nombreuses variantes en deux groupes principaux : les « siciliennes ouvertes », où les blancs ouvrent rapidement le centre par Cf3 et d4, et les « anti-siciliennes ».

Variantes ouvertes (avec 2. Cf3 et 3. d4)

a) Avec les cavaliers noirs en c6 et f6 (Cc6 et Cf6), sans ...g6 et sans ...e5 :

b) Avec ...g6, le pion e reste en e713 :

  • la variante du dragon (B70 à B79) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 g614.
  • la variante du dragon accéléré, aussi appelée variante anti-Rauzer15 (B34 à B39) : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 g616.
  • le pseudo-Dragon, variante ainsi dénommée par John Nunn dans Beating the Sicilian : 1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 g6
  • la Sicilienne Drag-Dorf : 1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6 6.Fe3 Fg7 7.f3 a6

f) 2...Cc6 et le coup ...e7-e5 :

g) 2...Cc6 et la Dame noire excentrée :

  • la variante Flohr (B32) : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Dc7
  • la variante Goufeld : 1.e4 c5 2.Cf3 Cc6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Db618

e) le complexe ...d6 et ...a6 sans ...Cc6 :

  • la variante Najdorf (B90 à B99) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 a619.
  • l'attaque anglaise (B80) : 1. e4 c5 2.Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 e6 6. Fe3 a6, (suivi de Dd2, f3 et g4)
  • la sicilienne Paulsen-Scheveningue (B84-B85) : 1. e4 c5 2. Cf3 e6 (ou d6) 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 (ou e6) 6. Fe2 a620

c) le complexe ...e6 et ...d6 sans ...a6 :

d) le complexe ...e6 et ...a6 sans ...d6 :

  • la sicilienne Kan (B41-B43) : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 a6
  • la variante Taïmanov (B46-B49) : 1.e4 c5 2.Cf3 e6 (ou Cc6) 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cc6 (ou e6) 5. Cc3 a622.

h) les variantes anti-Najdorf (et anti-Dragon) :

  • la variante Tchekhover ou Hongroise (B53) : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3.d4 cxd4 4. Dxd4
  • la variante Prins : 1. e4 c5 2. Cf3 d6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. f323

Déviations noires au second coup après 2. Cf3

Après ces variantes, la suite 3. d4 n'est pas forcément le meilleur coup :

Anti-siciliennes

Au choix des Blancs, on peut trouver :

Comparaison avec les grands compositeurs musicaux

Dans son livre World Champion Openings35, Eric Schiller compare la variante Najdorf à Piotr Ilitch Tchaïkovski, la variante du dragon à Richard Wagner, la sicilienne classique à Franz Schubert, la variante de Scheveningue à Ludwig van Beethoven et la sicilienne Kan à Hector Berlioz. C'est d'autant plus notable que Schiller a étudié la direction musicale à Vienne, Salzbourg et Hancock (Maine). Il était un habitué des répétitions du New York Philharmonic Orchestra36.

Principales variantes : leur code ECO

Quelques anti-siciliennes :

2...Cc6 : B30-B39

2...e6 : B40-B49

2...d6 : B50-B99

Exemple de partie

Alexandre Alekhine et Mikhaïl Botvinnik ont joué une partie sicilienne .

Alexandre Alekhine – Mikhaïl Botvinnik, Tournoi de Nottingham, 1936, Défense sicilienne

1. e4 c5 2. Cf3 Cc6 3. d4 cxd4 4. Cxd4 Cf6 5. Cc3 d6 6. Fe2 g6 7. Fe3 Fg7 8. Cb3 Fe6 9. f4 O-O '''

La partie se déroule selon les recommandations théoriques de la variante du dragon classique, caractérisée par les coups noirs ...Cc6, ...d6 et ...g6. Cependant, Alekhine recherche le gain, c'est pourquoi il joue le coup tranchant :

10. g4

'''10. ... d5 !

Botvinnik, dans une partie contre Levenfish en 1933 à Leningrad, avait déjà répondu 10. ... d5 !, ce qui entraîna 11. e5 d4! 12. Cxd4 Cxd4 13. Fxd4 Cxg4. Les complications qui s'ensuivirent menèrent à la nullité.

11. f5 (voir diagramme)

C'est alors que se conclut l'.

11. ... Fc8 12. exd5 Cb4 13. d6! Dxd6! 14. Fc5! Df4! 15. Tf1 Dxh2 16. Fxb4 Cxg4!! 17. Fxg4 Dg3+ 18. Tf2 Dg1+ 19. Tf1 Dg3+

Sachant qu'il y aurait répétition de la même position à trois reprises, les adversaires s'entendirent pour une partie nulle.

Notes et références

Bibliographie

  • Frits van Seters, Le Guide Marabout des échecs, Marabout service, 1972,

  • Levy, O'Connell, Comment jouer la défense sicilienne

  • Lev Polougaïevski, Les Secrets d'un grand maître, Armand Colin, 1994.

  • Jacob Aagaard, John Shaw (éditeurs), Experts vs. the Sicilian, éd., Quality Chess, 2006, .

  • Jon Edwards (joueur par correspondance), Ron Henley (GMI), The Sicilian! : An overview, R & D Publishing, collection Power Play!, 1993, .

  • John Emms, Starting Out: The Sicilian, Everyman Chess, 2009, .

  • , Mastering the Sicilian, B.T. Batsford, 2003, .

  • Richard Palliser, Fighting the anti-Sicilians, Everyman Chess, 2007,

<!-- -->
  • (fr) Zébulon, un système contre la Sicilienne, 2022, , qui présente un système améliorant le "big clamp", avec une structure de pions à double palier c3-d3-e4-f4, et cavalier a3-d2.

Source d'origine : défense sicilienne. Partagé avec Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0

Footnotes

  1. I.A. Horowitz, How to win in the chess openings, Cornerstone Library, New York, 1961

  2. joué systématiquement par Louis-Charles Mahé de La Bourdonnais lors des siciliennes où Alexander McDonnell n'avait pas joué 2. f4 (75 % des cas) mais 2. Cf3 (25 % des cas).

  3. Carl Jaenisch avait indiqué aux pages 25 et 26 de son Chess Preceptor que ce coup était à préférer à 2...Cc6.

  4. Andrew Soltis, Opening ideas and analysis for advanced players Vol. 1, Chess Digest, , .

  5. Frits van Seters, Les Échecs,

  6. Evguéni Svechnikov, Gagner contre la défense française (2005), Échecs Payot, 111

  7. pp. 362 & 368.

  8. Frits van Seters, Les échecs,

  9. Le coup ...g7-g6 étant joué, avancer le pion e7 dans l'ouverture serait inutile, voire contre-productif

  10. Frits van Seters, Les échecs,

  11. Nikolaï Mikhaïlovich Kalinichenko (sous la direction de), préface d'Anatoli Karpov, Encyclopedia Modern Chess Openings (EMCO) : Sicilian Defence, Schmidt Schach, 1996, , p. 211.

  12. Frits van Seters, Les échecs,

  13. Frits van Seters, Les échecs,

  14. Nigel Davies (joueur d'échecs), Taming the Sicilian, Everyman Chess, 2002, , p. 124.

  15. Frits van Seters, Les échecs,

  16. Il n'y a pas consensus quant à cette appellation (voir l'article correspondant)

  17. Frits van Seters, Les échecs,

  18. Frits van Seters, Les échecs,

  19. Sergueï Kasparov, Steamrolling the Sicilian: Play for a Win With 5.f3!, New in Chess, 2013, .

  20. Rolf Schwartz, Handbuch der Schach-Erröffnungen, Band 23 : Sizilianische Verteidigung, 1961, pp. 478-481.

  21. Rolf Schwartz, , pp. 482-491.

  22. Rolf Schwartz, , pp. 464-477.

  23. Nigel Davies (joueur d'échecs), Taming the Sicilian, p. 134.

  24. Joel Benjamin & Eric Schiller, Unorthodox Openings, Macmillan Publishing, 1987, , p. 146.

  25. Angus Dunnington, The King’s Indian Attack, Batsford, 1993, , p. 17.

  26. , More Unbeatable Chess for Juniors, McKay Chess Library for Kids, 2005, , pp. 213-226.

  27. Nikolaï Mikhaïlovich Kalinichenko (sous la direction de), EMCO : Sicilian Defence, p. 35.

  28. appellation donnée par Alex Dunne, selon John L. Watson et Eric Schiller dans leur livre Handbook of Tricky Opening Strategies in Chess (Hardinge Simpole Publishing, 2004, , p. 141).

  29. , The Offbeat Sicilian : Unorthodox Ways to Win with White, Chess Enterprises, 1990, , p. 31.

  30. Joe Gallagher, Beating the Anti-Sicilians, Batsford, , p. 136.

  31. Cardoza Publishing, 1997, , pp. 109-110.

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