Qu'est-ce que bernard friot (sociologue) ?

Bernard Friot est un sociologue et économiste français né le à Neufchâteau (Vosges), professeur émérite à l'université Paris-Nanterre (Paris X)1.

Il théorise la notion de « salaire à vie » avec l'association d'éducation populaire Réseau Salariat. Ses travaux s'appuient sur une relecture de l'histoire économique française et de ses institutions, dont notamment le régime général de la sécurité sociale et la cotisation sociale.

Biographie

Engagements politiques

Bernard Friot se dit chrétien et communiste. Il est marqué par la théologie paulinienne et jésuite, qu'il considère comme « une théologie de l’en-avant ». Il soutient « un monde autre » plutôt qu'« un autre monde » : 2

Bernard Friot est militant du Parti communiste français depuis le début des années 19703 et syndicaliste au SNESUP-FSU4. Il anime l'Institut européen du salariat et est à l'origine de la création, en 2011, de l'association d'éducation populaire Réseau Salariat5, qui promeut et définit l'idée d'un salaire à la qualification personnelle destiné à l'ensemble de la population. Une proposition alternative à celle du revenu de base, qu'il dénonce comme étant 6. Il dirige également aux éditions La Dispute la collection Travail et salariat, qui publie notamment des auteurs appartenant à l’Institut européen du salariat (IES), réseau de chercheurs en sciences sociales 7.

Parcours universitaire

Bernard Friot commence sa carrière universitaire en à l'IUT de l’université de Lorraine, en tant qu'assistant puis maître de conférences en économie. Sa thèse doctorale d’économie, soutenue en , porte sur la construction de la Sécurité sociale en France de à 8. Il y insiste sur , contrairement à l’interprétation de 1945 qui fait de 9. Il se tourne vers la sociologie à la fin des années 1990, quittant une discipline qu'il juge 10. En 2000, il passe une habilitation à diriger des recherches (HDR) en sociologie du travail11. L'année suivante, il est élu professeur des universités à Paris-Nanterre, où il fonde l'Institut européen du salariat (IES).

Prises de position

Le 30 novembre 2015, il figure parmi les signataires de l'Appel des 58, pour défendre la liberté de manifester pendant l'état d'urgence12{{,}}13.

Durant l'élection présidentielle française de 2022, il soutient le programme économique que défend Jean-Luc Mélenchon14.

Travaux de recherche

Ses recherches portent sur la sociologie du salariat15 et la comparaison des systèmes de protection sociale en Europe. Ses travaux ont également porté sur les retraites, allant à l'encontre des réformes proposées par le gouvernement français en 201016. Il a plusieurs fois contesté des idées communément admises comme, en 2010, quand il soutient que le {{"|chômage des jeunes}} est un {{"|mensonge d’État}}, car il s'applique en réalité aux jeunes actifs (c'est-à-dire à la recherche d'un emploi) et que dès lors, {{"|un taux de chômage de 25 %, cela veut dire que le quart de 30 % des jeunes est au chômage. Le quart de 30 % c'est 7,5 %, c'est 1 sur 12. C'est le poids du chômage qu'on trouve dans toutes les tranches d'âge et il n'y a aucune spécificité du poids du chômage chez les jeunes}}17.

Plusieurs associations et syndicats étudiants, notamment l'Union des étudiants communistes18 et Solidaires étudiant-e-s, reprennent à leur compte ses thèses autour du salaire à la qualification personnelle, comme un nouveau droit économique s'ouvrant de la majorité d'un individu jusqu'à sa mort. C'est d'ailleurs autour de cette question de l'extension de ces droits économiques qu'il défend, sur le modèle du régime général de la sécurité sociale de 1946, une « mise en sécurité sociale des productions »19, et plus particulièrement une sécurité sociale de l'alimentation20{{,}}21 pour le droit à l'alimentation, ainsi qu'une sécurité sociale de la culture22 pour la transformation du statut des travailleurs de l'art et le droit à la culture.

Sa définition de la laïcité est de comprendre celle-ci comme étant un outil d’émancipation par rapport à des croyances considérées comme « religieuses » dans le domaine économique, croyances qui assurent selon lui le maintien du capitalisme23{{,}}24.

Médiatisation

Il a participé à deux émissions du site Hors Série pour présenter le salaire à la qualification personnelle, interrogé par Judith Bernard en septembre 2015 pour évoquer son ouvrage Émanciper le travail25 et, en septembre 2017, à l'occasion de la publication de Vaincre Macron26.

Pensée

Stratégie politique

Réappropriation de l'Histoire populaire

Bernard Friot estime que la classe bourgeoise conduit un combat idéologique depuis les années 1970 pour faire oublier l'imposition par le mouvement ouvrier en 1946, avec le régime général de la sécurité sociale et le statut des électriciens-gaziers, {{"|des prémices d’un changement de mode de production}} car gérés jusque dans les années 1960 par les travailleurs eux-mêmes27 valorisant des activités considérées comme « improductives » par l'idéologie capitaliste28. Il participe notamment au documentaire La Sociale, réalisé par Gilles Perret, et entame un travail de recherche historique sur Ambroise Croizat, ministre chargé de l’application des ordonnances sur la Sécurité sociale en 1946, afin de réhabiliter le nom de ce personnage passé sous silence au profit de Pierre Laroque.

En finir avec les luttes défensives

Il estime que la classe dirigeante s'est livrée à une {{"|désintégration du monde des producteurs}}. D'abord, en stoppant la progression des salaires entre les années 1960 et 1990, créant ainsi une catégorie de travailleurs inexistante jusqu'alors : {{"|les jeunes de 16-18 ans en échec scolaire}}29. Cette mesure a été initié par le Premier ministre Raymond Barre en 1977 et vise selon lui à biaiser le débat afin de parler de solidarité au lieu de « salaire normal » : {{"|Auparavant, on était payé au salaire de la convention collective quel que soit son âge}}, dit-il dans un article du Monde Diplomatique.

Il estime que les mouvements progressistes ont intégré la narration de la société capitaliste, qui consiste à créer, selon lui, un état de victimisation permanente reléguant les revendications sociales à une position défensive, alors que le mouvement réactionnaire se trouverait dans une position d'attaquant30. Il cite de nombreuses dénominations permettant à la classe dirigeante de {{"|sortir une catégorie du statut commun de producteur}} en victimisant l’ensemble de ce groupe social et pour faire appel à la notion de {{"|solidarité capitaliste, remplacement du salaire par un forfait fiscal}} : « chômeurs », « mères élevant seules leurs enfants », « non ou faiblement diplômés », « habitants de territoires en conversion », « jeunes de 16-18 ans en échec scolaire », etc.31

Dans son livre Vaincre Macron, il alerte sur la nécessité, selon lui, de changer l'organisation de la contestation : Selon lui, il faut que la stratégie politique s'évertue à {{"|transformer le refus populaire désarmé qui s’exprime dans les mouvements sociaux en adhésion à une pratique de changement de la production, de la recherche, de l’entreprise et du travail. Et, pour cela, de s’appuyer sur les puissantes institutions imposées après-guerre par le monde ouvrier.}}32.

Économie et société

Définition du travail

Selon Bernard Friot, les dirigeants, depuis les années 1960, s’attellent à redéfinir le travail uniquement sur la base d'{{"|activités susceptibles de valoriser le capital}}. Selon lui, {{"|le discours réformiste}} présente l’Assurance maladie comme dépourvue de création de valeur économique car engendrant des dépenses de santé. Il milite pour un salaire socialisé et une réappropriation d’usage des outils et moyens de production et pour privilégier une notion du travail déconnectée de la notion d'emploi. Les travailleurs, selon lui, doivent assumer le statut de producteur de la valeur économique33.

Il considère que le système capitaliste voit le travail uniquement dans le cadre d'un emploi, c'est-à-dire une relation de subordination entre un employeur ou un actionnaire et d'un employé : il prend l'exemple de parents élevant leurs enfants n'étant pas rémunérés pour conduire leurs enfants à l'école alors qu'une assistante maternelle le serait. Il pointe du doigt le fait qu'il s'agit d'un même travail mais que dans un cas il n'est pas rémunéré et dans l'autre, il l'est, bien qu'il s'agisse du même travail et en vient à la conclusion que la société capitaliste ne nie pas la nécessité de ce travail mais qu'elle nie les activités de production hors du cadre de l'emploi, en les déclarant non productives34.

Toujours dans Vaincre Macron, il affirme que la notion de « travail » s'inscrit dans une lutte des classes opposant la {{"|classe salariale}} à la classe dirigeante :

Ce qui l'amène à la notion d'un {{"|salaire à la qualification personnelle}}, afin que l’emploi devienne un attribut personnel35.

Salaire à la qualification personnelle

Selon Bernard Friot, il est nécessaire d'élargir le statut réservé jusqu’ici aux fonctionnaires sous la forme de salaire socialisé, attaché à la personne et non à l'emploi, octroyé dès la majorité afin d'acter le statut de producteur à chacun ainsi que la propriété d’usage des outils de travail et que ces droits s'accompagnent de celui de participer aux instances de coordination de l’activité économique36. Pour cela, il préconise la création {{"|de deux cotisations prélevées sur la valeur ajoutée et versées, sur le modèle de la Sécurité sociale, à des caisses spécifiques : caisse de salaire et caisse d’investissement.}}37.

Le fondement de la notion de salaire à la qualification personnelle se trouve en premier lieu dans l'association de la qualification à l'individu : que l'évolution au cours de la carrière soit fonction de l'ancienneté et de la réussite à des épreuves de qualification, se traduisant dans l'attribution de grades sur le même modèle que le statut des fonctionnaires. Pour cela, le salaire ne serait plus versé par l’employeur mais par une caisse dédiée aux salaires38.

Propriété d'usage

Bernard Friot appelle à ce que les salariés dirigent {{"|la production sur leur lieu de travail : composition du collectif, définition des investissements, du produit, des intrants, des marchés, des relations avec les partenaires, de la place dans la division internationale du travail}} et qu'ils prennent part à la détermination des grandes lignes économiques et d'investissement ; aussi estime-t-il que les salariés doivent participer aux délibérations des {{"|caisses d’investissement}}, caisses qui remplaceraient les actionnaires dans les décisions d'investissement, d'affectation des cotisations économiques et permettraient la création de monnaie à la place des banques, qu'il s'agisse de financement de projets ou de dépenses de fonctionnement pour les services publics gratuits39. Il considère que la souveraineté politique des citoyens ne peut s'exercer qu'à la condition d'être libéré de la peur de la perte d'emploi ou de la fluctuation des revenus sur lesquels un travailleur indépendant n'a pas de prise40.

Publications

Ouvrages

Ouvrages collectifs

Conversations

Notes et références

Voir aussi

Conférences

Entretiens

Liens externes

Source d'origine : bernard friot (sociologue). Partagé avec Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0

Footnotes

  1. Émission Ce soir (ou jamais !) du 7 juin 2013 sur Pluzz

  2. Émission de radio Là-bas si j'y suis du sur France Inter,

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